La question hante toutes les rédactions web depuis deux ans : Google pénalise-t-il les pages écrites avec de l’intelligence artificielle ? Une étude menée par Ahrefs et signée Ryan Law, son directeur du marketing de contenu, apporte des chiffres concrets. Sa conclusion tient en une phrase : le moteur ne combat pas l’IA, il combat le contenu médiocre. Le problème, c’est que les deux se recoupent souvent.

La position officielle de Google est connue. Peu importe l’outil utilisé, tant que le texte n’est pas produit « with the primary purpose of manipulating ranking in search results ». Reste à confronter ce discours aux données réelles des résultats de recherche.

Peut-on vraiment se classer avec du contenu 100 % IA ?

Oui, et c’est peut-être le résultat le plus surprenant. Sur l’échantillon analysé, 5,3 % des pages classées dans le top 3 sont générées à 100 % par IA, et 9 % dépassent les 80 % de contenu automatisé. Autrement dit, une page entièrement rédigée par une machine peut trôner en première position.

Un cerveau dans un livre dans un cerveau, etc… à l’infini

Un cerveau ouvert comme un livre dont les pages déploient un autre cerveau miniature, lui-même contenant un livre entrouvert, en spirale vertigineuse qui se répète sans fin.

Cela dit, la rédaction humaine reste largement dominante au sommet. Plus de la moitié des pages du top 3, soit 54,7 %, contiennent moins de 20 % de texte généré. Et les pages sous la barre des 50 % d’IA représentent 82,2 % des meilleures positions. L’IA lourde existe donc au sommet, mais elle y reste minoritaire.

L’indexation bloque-t-elle les pages écrites par IA ?

Autre idée reçue à nuancer. Sur un million de pages échantillonnées, le taux d’indexation glisse doucement selon le niveau d’IA détecté, sans jamais s’effondrer :

  • Faible taux d’IA : 49,28 % des pages indexées
  • Taux modéré : 43,38 %
  • Taux élevé : 40,72 %
  • Taux très élevé : 40,35 %

Même dans la catégorie la plus saturée en IA, 40 % des pages entrent quand même dans l’index. Aucun blocage binaire, donc, seulement une pente régulière. La différence est réelle mais elle ne disqualifie personne d’office.

Le trafic s’effondre-t-il après quelques mois ?

C’est le fameux graphique « Mount AI » : un pic héroïque de trafic suivi d’une chute. En croisant les données de la Search Console sur deux périodes, l’étude ne relève pas de décrochage brutal pour les pages fortement automatisées. Leurs impressions restent basses mais stables dans le temps.

Graphique de trafic en forme de montagne montrant une montée rapide puis une descente progressive

En revanche, l’écart de performance est net : les pages à faible ou modéré taux d’IA récoltent deux à trois fois plus d’impressions que les autres. Law y voit une explication simple et convaincante. Plus l’IA prend de place, plus la qualité tend à baisser : contenu qui répète l’évidence, absence de liens, aucune expérience vécue, erreurs factuelles.

Sa lecture finale est mesurée. Google applique les mêmes critères de qualité qu’avant, sauf que le texte généré est le plus souvent moins bon que le texte humain. Rien d’automatique, donc. Les rédacteurs n’ont pas à craindre l’IA en soi, mais bien le spam et la production à la chaîne.